Les terroristes islamistes, des délinquants comme les autres ?

Assimiler terrorisme et délinquance en se basant sur le seul passé pénal de certains terroristes est une erreur d’appréciation manifeste.

 

Invité de France Info le mardi 23 mai dernier, Brice Hortefeux, ancien ministre de l’Intérieur de Nicolas Sarkozy, a réagi à l’attentat de Manchester (22 morts et une soixantaine de blessés) en déclarant que :

« Le terrorisme et la délinquance sont étroitement liés. Tous les terroristes identifiés, interpellés, ont un passé judiciaire. »

Assimiler, sans autre forme de procès, terrorisme et délinquance en se basant sur le seul passé pénal de certains terroristes est une erreur d’appréciation manifeste. En effet, si des relations existent bien entre ces deux mondes, elles reposent davantage sur les méthodes et les moyens utilisés que sur les motivations qui animent les terroristes ou les criminels. Certes, la constitution et l’organisation des réseaux terroristes, ainsi que la recherche et l’acquisition de moyens (armes, munitions, explosifs, véhicules, planques), empruntent largement au milieu du grand banditisme, mais là s’arrêtent les similitudes.

D’abord, parce que le basculement dans le djihadisme de ceux qui furent parfois des délinquants chevronnés marque le plus souvent une rupture définitive d’avec un mode de vie passé et annonce une nouvelle espérance au service de l’islam et du prophète. Ensuite, parce qu’il existe une différence fondamentale entre ces deux milieux. Si les terroristes sont prêts à mourir pour un idéal religieux, les criminels recherchent, quant à eux, le maximum de profit en encourant le moins de risques possible. Enfin, parce que le but ultime des combattants de Daech est bien de convertir le monde à l’islam, démarche philosophique et religieuse, qui ne connaît aucun équivalent chez les criminels.

 Ainsi, si la lutte contre les trafics de toutes natures (drogues, armes, véhicules volés) contribue bien au même objectif, elle n’est en rien caractéristique du lien formel qui existerait entre le terrorisme et la délinquance. Emprunter les mêmes voies ne signifie nullement que l’on poursuit les mêmes buts. Pour ces raisons, les motivations et les objectifs étant radicalement différents, la lutte contre le terrorisme islamiste ne saurait, en aucun cas, être menée de la même manière que celle qui est conduite contre le grand banditisme.

Vouloir lutter contre les djihadistes en les assimilant à de vulgaires délinquants relève donc ou de l’ignorance du phénomène considéré ou d’une contre-propagande digne d’un enfant de maternelle. Lutter contre les combattants de l’État islamique suppose, en préalable, de savoir les prendre au sérieux. On n’a jamais vu, en effet, un braqueur de banque se faire sauter au milieu de la salle des coffres. Mais l’on sait également que, dans nos sociétés, un certain nombre d’explications sont faites pour rassurer les populations. Ainsi, dans un premier temps, le terrorisme islamiste, à l’instar de la criminalité, a-t-il été « médicalisé ». On devenait terroriste parce que l’on était malade. Puis est venu le temps de la rhétorique psychosociologique : devenait terroriste celui qui subissait une marginalisation sociale, économique et éducative. Le terroriste-délinquant procède de la même volonté de relativiser un phénomène que l’on ne contrôle pas.

Pour autant, s’il est un domaine où Hortefeux disait vrai, c’est celui qui considère que « toute faiblesse dans la chaîne de lutte contre la délinquance a des conséquences ». C’est la raison pour laquelle il convient de nommer le problème et de s’armer efficacement pour y faire face. Et il n’est pas certain que le programme du nouveau président de la République, dans le domaine de la lutte antiterroriste, soit aujourd’hui à la hauteur des enjeux.

 

http://www.bvoltaire.fr

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