Alain Bauer : “Des cibles possibles sur tout le territoire”

Pour Alain Bauer, professeur de criminologie au Cnam et aux universités de New York et de Pékin, “nous avons trop négligé ce qui faisait de nous des citoyens avec une culture, au nom d’un grand tout sans racines”.

 

La twitterisation des cerveaux a supprimé la perspective et favorisé l’instant. Nous vivons dans un monde déjà connu par le passé avec des cycles terroristes longs et des intermèdes très courts. Pour la première fois, les revendications politiques, territoriales, linguistiques ou seulement financières sont submergées par une demande impossible à satisfaire, car sans contenu terrestre. Nous vivons la revanche, peut-être la vengeance, de l’histoire et de la géographie, et une recherche féroce d’affirmation identitaire qui répond plus à des blessures narcissiques qu’à une revendication politique. Nous avons trop négligé ce qui faisait de nous des citoyens avec une culture, au nom d’un grand tout sans racines. On ne peut faire du multiculturalisme sans culture…

La DGSI et la DGSE qui se parlaient peu et se craignaient, avant les attentats qui ont frappé la France en 2015, se parlent-elles davantage ?

Indiscutablement, la relation, en ajoutant la DRM pour la partie militaire, est de bonne qualité. La DGSI a entamé sa mutation culturelle. La DGSE a assumé le partenariat et élargi son champ de partage de l’information. Au vu du nombre d’opérations de démantèlement de groupes ou de réseaux terroristes réussies au cours des derniers mois, l’efficacité s’est beaucoup améliorée. Il y a encore du chemin, mais on ne peut pas être aussi critique en 2017 qu’on l’était en 2015.

On dit souvent que la DGSI est submergée par la menace à laquelle elle doit faire face…

Il est rare d’avoir autant de cibles potentielles sur le territoire et de devoir gérer aussi les conflits importés de pays parfois lointains ; 90 % des attentats projetés n’ont cependant pas lieu du fait de l’amateurisme des opérateurs ou de l’efficacité des services ; 1 % échappera toujours par spontanéité ou par sophistication. Le reste devrait être empêché ou fortement perturbé en utilisant l’expérience opérationnelle des agents de terrain et la compétence conceptuelle des analystes. Mais pour cela, il faut accélérer la mutation en cours.

Voulue par Emmanuel Macron, la création d’une task force contre le terrorisme, réunissant les acteurs du renseignement, est-elle une bonne chose ?

On ne sait pas ce qu’il y a dedans. Si c’est en plus du capharnaüm actuel, on peut en faire l’économie. Si c’est à la place, ce pourrait être très utile. Cela a existé, notamment Alliance Base en France contre la direction de ce qu’on croit devoir appeler Al-Qaïda. Actuellement, il y a les cellules Allat ou Hermes. Ce sont des outils ciblés, agiles, efficaces. Mais ce n’est pas un conseil de sécurité nationale. Nous avions avec Michel Rocard décrit tout cela dans un long article en 2007 qui avait permis la réforme entamée par Nicolas Sarkozy en 2008. On peut sans doute progresser dans la coordination et l’action. Mais l’essentiel est ailleurs, dans la prévention et la qualité de l’analyse du renseignement.

Propos recueillis par Louis de Raguenel.

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