«Les attaques low-cost n’éclipsent pas la menace d’une action terroriste de grande envergure»

10 août 2017

DAESH, EI, Europe, France, Islamisme, jihadisme

INTERVIEW – Pour Alain Rodier, chercheur en terrorisme et directeur adjoint du Centre français de recherche sur le renseignement, le terrorisme low-cost répond à des «mécanismes de passages à l’acte rapide».

LE FIGARO. – Pourquoi les attaques low-cost se répandent-elles?

Alain RODIER. - Avec un véhicule qu’il projette sur une cible, l’attaquant utilise des moyens sommaires tout en étant quasi certain d’atteindre ses objectifs. Ce fut déjà le cas à Nice le 14 juillet 2016: le camion lancé sur la foule avait provoqué la mort de 86 personnes. Mais cela suppose aussi parfois quelques préparatifs comme une reconnaissance préalable des lieux. Concernant l’agression à Levallois-Perret, les militaires semblent avoir été pris en embuscade en plein centre-ville. Tout laisse à penser que l’agresseur avait fait un repérage préalable de l’endroit, tout en relevant les habitudes des militaires. L’utilisation de la voiture comme une arme répond aux ordres passés par al-Qaida «canal historique» mais aussi par Daech. Dans sa revue de propagande, Rumiyah, l’État islamique encourage ses adeptes à y recourir. C’est un moyen du faible au fort facile à se procurer, comme peut l’être l’arme blanche. L’attaque à la voiture reste d’ailleurs un procédé couramment utilisé. Ainsi, les Palestiniens utilisent la voiture comme une arme, mais aussi des bulldozers.

Ce terrorisme low-cost dispose-t-il d’une palette renfermant d’autres moyens d’attaque?

C’est certain. Dans sa revue, Daech qui cible divers objectifs délivre nombre de méthodes à employer mais que l’on évitera ici d’énumérer.

Ces attaques sans logistique sont-elles liées au profil des agresseurs qui, très vite radicalisés, s’improvisent terroristes?

On a l’habitude de dire que nombre d’individus se radicalisent très vite mais, en réalité, ils acquièrent une connaissance très sommaire de l’islam. Leur profil est souvent le même: il s’agit d’individus qui souvent évoluent dans le milieu de la petite criminalité et qui, se tournant vers l’islam radical, décident soudain de mener une attaque. Daech leur offre la rédemption par l’action et ces amateurs décident un jour d’agir sans préparatifs particuliers et sans moyens. Le terrorisme low-cost qui se répand répond à ces mécanismes de passages à l’acte rapide. Ces individus sont souvent isolés mais gardons-nous de parler de loups solitaires, car ces derniers restent entourés de proches et de connaissances.

Mais faut-il craindre aussi des actions commandos?

On n’est malheureusement pas à l’abri d’une nouvelle attaque préparée, de plus grande envergure et menée par un commando. Des événements similaires à ceux que la France a connus en janvier 2015 contre Charlie Hebdo puis en novembre 2015 à Paris et à Saint-Denis pourraient se reproduire. Daech, qui perd du terrain en Syrie comme en Irak, s’est fixé de nouveaux objectifs: attaquer l’économie occidentale. Dans sa revue de propagande, l’État islamique appelle ainsi ses adeptes à s’en prendre au tissu économique. Il n’y a pas eu d’attaque de ce genre mais la menace est réelle en France comme dans le reste de l’Europe. Ainsi, il y a quelques jours, les Britanniques ont fait état de la présence en Syrie d’une unité de citoyens anglais partis pour le djihad. On sait depuis que Daech voulait renvoyer certains de ces hommes en Grande-Bretagne pour qu’ils participent à une attaque terroriste importante.

http://www.lefigaro.fr

 

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