Lutte contre le terrorisme islamiste :  » Ce n’est pas le moment de souffler « 

Coordinateur européen de la lutte antiterroriste depuis dix ans, Gilles de Kerchove a acquis une connaissance fine sur le sujet.

« Sud Ouest » : En Irak, le califat de Daesh paraît vaincu. La menace terroriste en Europe semble s’estomper. On peut souffler ?
Gilles de Kerchove : Certainement pas. Le niveau de risque reste très sérieux et, en même temps, devenu plus complexe. Premièrement, il y a sans doute des restes de Daesh. Il y a peut-être des cellules prépositionnées. On ne connaît pas vraiment l’ampleur de ce risque. Deuxièmement, on craint le retour de certains combattants d’Irak ou de Syrie…

… Vous dites « certains » ?

 On n’anticipe pas de retour massif, mais plutôt certains retours sur une longue période. Mais ceux qui vont revenir maintenant sont militairement très entraînés, très endoctrinés, donc très dangereux. Il est donc fondamental de les identifier lors du passage des frontières, de les traiter judiciairement et par d’autres programmes de désengagement.

Et il y a un terrorisme endogène, ceux qu’on appelle les isolés ou les loups solitaires ?

Ils sont rarement solitaires. Ce sont des personnes qui n’ont pas été en Irak ou en Syrie, qui n’ont pas nécessairement de liens avec Al-Qaïda, mais qui trouvent suffisamment d’éléments sur Internet pour s’endoctriner, se radicaliser, voire construire une bombe et avoir des idées de cibles. C’est un phénomène qui préoccupe beaucoup les services de renseignement.

C’est difficile de les détecter ?

C’est un grand défi. Car être radical n’est en soi pas un délit ou un crime. Ce qui est un délit ou un crime, c’est d’entreprendre un certain nombre de démarches pour perpétrer un attentat : préparer des ingrédients pour une bombe, aller sur des sites très explicites, ou télécharger des manuels de fabrication de la bombe, faire des reconnaissances, etc. Identifier ce moment-là, ce qu’on appelle le “tipping point”, est très important.

Comment fait-on ?

Cela suppose d’avoir des bons capteurs, locaux tout d’abord : la police de proximité, les travailleurs sociaux, les éducateurs, les professeurs à l’école, voire les parents si on arrive à construire une relation de confiance. Ensuite, puisqu’on est dans une ère digitale, cela signifie développer des logiciels analytiques de big data : grâce à l’examen de milliards de données (les métadonnées), on arrive à détecter un léger changement de comportement.

N’y a-t-il pas un risque, de créer une espèce de Big Brother à l’européenne ?

Il y a peu de soucis à se faire. Ces préoccupations sont bien prises en compte. Depuis les révélations de Snowden, les défenseurs de la protection des données ont même acquis un poids considérable à Bruxelles. Le grand défi c’est plutôt de trouver la manière de réconcilier la sécurité et la protection de la vie privée, de façon qui ne soit pas trop déséquilibrée.

http://www.sudouest.fr

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